-if you'd rather read a book, you're also welcome at Discipline in Disorder-




Tuesday, 26 July 2011

To Live And Die In L.A. /William Friedkin (1985)



Merveille des années 80: avoir compris qu'un clip en rotation permanente sur MTV pendant deux mois valait mille trailers.
Par ailleurs, le meilleur film de Friedkin (à égalité et dans le désordre avec Cruising, Bug, ou Sorcerer - son remake du Salaire de la Peur).

Sunday, 16 January 2011

The Friends of Eddie Coyle / Peter Yates (1973)



En écoutant la nécrologie de Peter Yates l’autre samedi à Mauvais Genres sur France Culture, j’ai eu de nouveau envie d’écrire sur ce film. Peter Yates est surtout connu pour être le réalisateur de Bullitt, cette érection automobile de 10 minutes 53, mais il devrait l’être plus encore pour ce film plus sombre que noir, sur lequel je m’étais depuis longtemps promis de poster un billet sur DinD.

Les lecteurs du Freelance de Philippe Garnier le connaissent bien : c’est sur son tournage que Grover Lewis écrivit ce fameux article de Rolling Stone qui le brouilla avec Robert Mitchum ; celui où il le présente en demi-Dieu aux paupières mi-closes déboulant sur le plateau une pin-up sous chaque bras, et où il délire sur les sept couilles de l’acteur tout en remontant la généalogie des gangs de Boston où se déroule l’action. Et, chose incroyable, vu aujourd’hui, le film tient les promesses du papier de Lewis.

Mitchum y est Eddie Coyle, un malfrat de seconde zone qui fourgue des armes à des malfrats plus jeunes et plus paumés que lui, et ses « amis » sont le flic de l’ATF qui le tient par les couilles parce qu’il sait qu’Eddie est prêt à tout pour éviter la prison où il doit retourner bientôt, le barman qui l’a branché sur le coup foireux qui lui a valu sa condamnation, et un braqueur de banques à qui il vend des flingues, et qu’il vendra à la fin. Au début du film, Coyle raconte ses histoires de vieux de la vieille au jeune gars à qui il achète ses fusils piqués. Le gars l’écoute avec admiration et terreur, trop naïf pour comprendre que ces histoires de loyauté, d’honneur et de professionnalisme ne sont que les chimères auxquelles se raccroche Coyle, qui est un type fini et qui se démène tant qu’il peut pour ne pas en avoir conscience.

Mitchum est grand dans cette figure lourde de vieil homme qui se noie sous le ciel perpétuellement gris d’un Massachusetts glacial et trempé, et tous les autres acteurs du film sonnent juste : Richard Jordan, en policier « de la rue » avec pattes et veste en cuir (aujourd’hui, il serait joué par Michael Imperioli, le Christopher des Sopranos – d’ailleurs, il l’a déjà joué, dans le remake US de Life on Mars), Peter Boyle, le barman véreux et manipulateur, et tous les seconds rôles qu’ils croisent, des minables profondément humains comme Eddie Coyle.

Saturday, 11 December 2010

Pauline à la page #2


Pas facile de résumer en quelques lignes la puissance critique du bulldozer Pauline Kael qui en deux volumes aura fait voler en éclats pas mal d'idées reçues sur une époque dont elle fut la meilleure chroniqueuse et l'une des principales actrices. Laissons lui donc la parole. Un extrait parmi tant d'autres:


"Associé à l'élan pop des années 60, le cinéma a acquis une position centrale parmi les arts - une position dominante, presque écrasante. Les gens qui ont grandi pendant cette période ont été tellement gavés de culture pop qu'ils désorientés face aux arts. Et quand ils s'aperçoivent que, manifestement, le pop ne leur suffit pas, qu'ils attendent des films plus de profondeur et de sens, ils se jettent sur des œuvres lisses et artificielles. Ceux qui ont abandonné tout intérêt pour la littérature, à l'exception des mixtures pop et sucrés concoctés par Vonnegut, Hesse, Tolkien ou Brautigan, sans oublier le Yi King, auront probablement les mêmes goûts à la mode au cinéma. Les enfants de Blow-Up trouveront profonds et évocateurs les films littéraires au pire sens du terme - ceux qui s'apparentent superficiellement aux livres intellos ou aux films d'art et d'essai. Tous les deux ou trois mois, déferle une nouvelle avalanche de recettes lyriques éculées. Film après film, Robert Redford finit épinglé, tel un pauvre papillon, dans un arrêt sur image, en guise de conclusion. Les réalisateurs se sont tellement toqués des téléobjectifs que n'importe quel acteur qui traverse la rue semble comme suspendu dans la brume - l'équivalent cinématographique des points de suspension. Les spectateurs acceptent ces effets dans des films qui, non contents d'être dépourvus de la vitalité pop, sont aussi mous et inconsistants que ceux qui faisaient fuir les générations précédentes d'étudiants. Si l'on a pas profité de la richesse et des plaisirs qu'offrent la littérature, le théâtre et les autres arts, ou la fréquentation assidue des salles de cinéma, on aura tendance a surévaluer l'aliénation simili-romanesque et sentimentale de Cinq pièces faciles. Autant il est compréhensible que des personnes disposant de peu de points de comparaison trouvent le film génial (de la même façon que l'avis d'un enfant sur un film peut être ingénu et drôle, car il a peu d'expérience auxquelles le relier), autant cette inexpérience ouvre la porte au battage médiatique. Ce sont sans doute les critiques de cinéma qui commettent les éloges les plus insensés, plus que dans n'importe quel autre domaine, y compris les critiques rock. La nouvelle tendance consiste à crier au génie le plus fort possible, comme si la critique ne possédait aucune échelle de valeurs, seulement une connaissance par ouï-dire des grandes œuvres. Et tout ce qu'il aime devient un nouveau chef-d'œuvre."

Pauline Kael "Chroniques Américaines" Sonatine, 2010