-if you'd rather read a book, you're also welcome at Discipline in Disorder-




Saturday, 11 December 2010

Pauline à la page #2


Pas facile de résumer en quelques lignes la puissance critique du bulldozer Pauline Kael qui en deux volumes aura fait voler en éclats pas mal d'idées reçues sur une époque dont elle fut la meilleure chroniqueuse et l'une des principales actrices. Laissons lui donc la parole. Un extrait parmi tant d'autres:


"Associé à l'élan pop des années 60, le cinéma a acquis une position centrale parmi les arts - une position dominante, presque écrasante. Les gens qui ont grandi pendant cette période ont été tellement gavés de culture pop qu'ils désorientés face aux arts. Et quand ils s'aperçoivent que, manifestement, le pop ne leur suffit pas, qu'ils attendent des films plus de profondeur et de sens, ils se jettent sur des œuvres lisses et artificielles. Ceux qui ont abandonné tout intérêt pour la littérature, à l'exception des mixtures pop et sucrés concoctés par Vonnegut, Hesse, Tolkien ou Brautigan, sans oublier le Yi King, auront probablement les mêmes goûts à la mode au cinéma. Les enfants de Blow-Up trouveront profonds et évocateurs les films littéraires au pire sens du terme - ceux qui s'apparentent superficiellement aux livres intellos ou aux films d'art et d'essai. Tous les deux ou trois mois, déferle une nouvelle avalanche de recettes lyriques éculées. Film après film, Robert Redford finit épinglé, tel un pauvre papillon, dans un arrêt sur image, en guise de conclusion. Les réalisateurs se sont tellement toqués des téléobjectifs que n'importe quel acteur qui traverse la rue semble comme suspendu dans la brume - l'équivalent cinématographique des points de suspension. Les spectateurs acceptent ces effets dans des films qui, non contents d'être dépourvus de la vitalité pop, sont aussi mous et inconsistants que ceux qui faisaient fuir les générations précédentes d'étudiants. Si l'on a pas profité de la richesse et des plaisirs qu'offrent la littérature, le théâtre et les autres arts, ou la fréquentation assidue des salles de cinéma, on aura tendance a surévaluer l'aliénation simili-romanesque et sentimentale de Cinq pièces faciles. Autant il est compréhensible que des personnes disposant de peu de points de comparaison trouvent le film génial (de la même façon que l'avis d'un enfant sur un film peut être ingénu et drôle, car il a peu d'expérience auxquelles le relier), autant cette inexpérience ouvre la porte au battage médiatique. Ce sont sans doute les critiques de cinéma qui commettent les éloges les plus insensés, plus que dans n'importe quel autre domaine, y compris les critiques rock. La nouvelle tendance consiste à crier au génie le plus fort possible, comme si la critique ne possédait aucune échelle de valeurs, seulement une connaissance par ouï-dire des grandes œuvres. Et tout ce qu'il aime devient un nouveau chef-d'œuvre."

Pauline Kael "Chroniques Américaines" Sonatine, 2010

Sunday, 28 November 2010

In a lonely place

















«Bogart et moi avions en commun une longue expérience, mais il doit y avoir eu autre chose. Nous avons tous deux épousé des femmes plus jeunes que nous, lui Bacall, moi Grahame, proches par l’âge. Toutes deux étaient des actrices de talent, s’inquiétant des mêmes problèmes de rides, les rides de leur vingt ans. Toutes deux étaient volages, mais Gloria bien plus agressivement. Chacune avait son propre style, mais celui de Bacall était plus élégant, et elle était plus intelligente. Grahame avait plus de talent pour les intrigues, mais à un niveau plus bas.
Nous avons eu une autre expérience commune, peut-être plus destructrice : la gnôle. Et de même que Betty était sur tous les plans plus élégante que Gloria, Bogie était plus élégant que moi, surtout pour ce qui concerne la gnôle. Parfois, quand je ne voulais pas boire (surtout durant les tournages, ou pendant la préparation des tournages), nos rapports se modifiaient. A certains égards, ils devenaient plus profonds, et à d’autres plus formels. C’est l’état d’abstinence qui me fait parler de Bogie en ce moment, ce 11 décembre à quatre heure trente du matin, au bar du dixième étage de l’Hôpital Roosevelt, sur la 59ème rue, à New York. »

Nicholas Ray, Journal 11/12/1977, in Action, Yellow Now, 1991

pix: Nicholas Ray dirigeant Gloria Grahame et Humphrey Bogart en 1950 sur le set de In a lonely place (le Violent).

Monday, 1 November 2010

Pauline à la page






Pauline Kael vient enfin d'être traduite en français. Pornochio s'attaque à l'Europe tandis que je pars pour les Etats-Unis. À suivre donc...

The Critic, Mel Brooks, 1963

Friday, 22 October 2010

Comme les anges déchus de la planète Saint-Michel



Documentaire rare, donc précieux, sur un monde perdu, celui des gueules cramées de la planète Saint-Michel, qui entre la défaite de 68 et l'élection de Mitterrand, se seront tous précipités, la tête la première, en bas de l'escalier.

Seconde partie ici et ainsi de suite.

Pour en savoir plus c'est .

Thursday, 21 October 2010

Quote

"Je voulais traiter une fois de plus un de mes thèmes préférés et qui m'ont toujours fasciné - et que la Comtesse aux pieds nus exprimait sans doute le plus clairement - à savoir que la vie bousille des scénarios. Chacun d'entre nous, que ce soit Nixon faisant un discours au Congrès ou vous entrain de vous raser le matin, écrit un scénario pour la journée. Vous, par exemple, vous imaginiez comment l'après-midi allait se passer, à quoi ressemblerait cette grange, comment je serais, etc. Mais la vie n'est pas un scénario et le dialogue n'est pas réel. Le dialogue réaliste, ça n'existe pas. Nous sommes tous des acteurs, et nous jouons tous à des jeux"

Joseph L. Mankiewicz à propos de Sleuth

Michel Ciment - Passeport pour Hollywood, Ramsay 1987

Thursday, 15 July 2010

Autostop Rosso Sangue, Pasquale Festa Campanile (1977)

Les films rêvés naissent aussi d’une image perdue ou de l’écho d’un son oublié. Quand je n’étais encore qu’une enfant, mes parents m’avaient interdit de regarder Massacre à la tronçonneuse car « ça n’était pas de mon age » (on les comprend). Il me restait la jaquette poisseuse de la cassette vidéo (Edition René Château) qui traînait à côté du magnétoscope (où un maboul défiguré en costard vous fonçait droit dessus une tronçonneuse à la main) mais surtout la bande son qui parvenait jusqu’à mon lit lorsque mes parents regardaient la nuit ce film banni entre amis (un must du début des années 80 ?). Entre les grincements stridents du prélude, les rires déments d’un maniac, les hurlements féminins continus et le doux ronronnement de la tronçonneuse, j’ai donc pu imaginer ce film avant de pouvoir le voir « en vrai » quelques années plus tard. Curieusement, je ne fus pas déçue tout en m’attendant à tout autre chose : le film était beaucoup moins violent que prévu mais beaucoup plus dérangeant, vous plongeant en plein cœur d’un cauchemar organique. Il était en fait en parfait accord avec la matière du rêve tout en devenant, par sa vision, une expérience physique comparable à un bad trip dans une chambre froide ou a un crash dans un abattoir (il y a peu de films de cette puissance, qui fassent cet effet).
Quel rapport avec Autostop Rosso Sangue? La musique, le son, la vibration, le télescopage entre l’idée d’un film et sa réalité. J’ai en effet longtemps rêvé ce film en écoutant sa bande originale, une de mes préférées d’Ennio Morricone que j’ai toujours imaginé composer en aveugle sans regarder les films, en partant sur quelques indications du metteur en scène, ici : « c’est un road movie qui se déroule en Californie, un couple de touristes italiens tente de recoller les morceaux, ils prennent un autostoppeur à bord de leur voiture et ça va mal tourner… ». Il n’en faut pas plus à Morricone pour nous embarquer sur la route. Donnez lui un Banjo et il vous recréera l’Amérique. Il est ici l’orfèvre de ce film qui fantasme l’ouest sur le thème du thriller érotico crado comme ses aînés le fantasmaient, à la sauce bolognaise, sur le thème du western dégénéré. Fantasme car relecture, le cinéma bis italien des années 70 est un cinéma cannibale qui bouffe tout sur son passage avec un appétit vorace. Autostop Rosso Sangue se nourrit peut-être à la source (The Hitch-Hiker, splendeur B d’Ida Lupino) mais surtout à ce qui fait la chair du cinéma féroce 70 : Duel pour la route, The Straw Dogs pour le viol « ambigu », The Last House on the Left pour la violence aveugle (on retrouve ici David Hess en pleine forme dans le rôle de l’autostoppeur psychopathe), Delivrance pour le banjo, Corinne Clery (Histoire d’O) pour l’érotisme cheap et Franco Nero pour les spaghettis. Le résultat est-il digeste ? Certainement pas, mais c’est ce qui fait la saveur de cette série b immorale qui filme la Californie comme s’il s’agissait d’une banlieue romaine avec ses ragazzi à moto, ses campings-bidonvilles et ses petites frappes mafieuses qui vous attendent au tournant. Si Sergio Leone est parvenu à filmer l’Amérique d’Europe, Pasquale Festa Campanile est resté chez lui alors qu'il tournait à l’autre bout du monde. Comme tout road movie qui se respecte, Autostop Rosso Sangue est donc un film en roue libre qui fait du sur place. Next stop Cineccita ?

Pour écouter Autostop Rosso Sangue c'est ici, pour le voir c'est

Thursday, 27 May 2010

Dusty and Sweets McGee, Floyd Mutrux (1971)


1971, Los Angeles, le summer of love s'est achevé depuis quelques années et même le soleil semble avoir la gueule de bois. Dans un petit matin brumeux, il se lève péniblement sur Sunset Boulevard après avoir lâché ses habitants dans la nuit pour quelques heures d'abandon et d'ennui. Parmi eux Clinton, un ancien taulard à moustache héroïnomane, Kit un prostitué mâle bardé de cuir qui philosophe («there is mainly talking about young men’s cock in America. I’ve got one and it’s not particulary unusual, and i did certain things with it, and certain people did certain things with it. Sometimes we do it in the road, sometimes we do it in your son’s bedroom, and sometimes in your daughter’s bedroom »), Billy un dealer aux longs cheveux graisseux, obsédé par sa coiffure et sa caisse (son instrument de travail), arborant fièrement une croix gammée tatouée sur son avant bras, toujours flanqué de Bobby, un gros cuisinier, Nancy, une jolie brune qui a déjà dégringolé dans le caniveau, ainsi que deux couples Mitch et Beverley (aka Dusty and Sweets McGee, beautés déchues du Laurel Canyon) et Larry et Pam, des adolescents qui viennent d’emprunter le même chemin que leurs aînés: celui de la défonce à l’héro.
Les personnages de ce premier film de Floyd Mutrux (scénariste de la Warner qui a participé à l'écriture de Two-Lane Blacktop, il réalisera par la suite Aloha Bobby and Rose ou American Hot Wax ) sont censé être des "real people" et non des acteurs comme l'annonce le panneau inaugural du film. C'est en parti vrai, c'est en parti faux. C’est une tentative un peu maladroite de nous dire : « attention, ce que vous allez voir est vrai ». Passons. Larry, Pam, Beverly, Mitch et les autres ne se connaissent pas, se croisent à peine (Billy le dealer planque les doses de ses clients dans des annuaires de cabines téléphoniques), ils sont paumés, sans avenir dans une ville anonyme et sans frontières qui ne leur propose que deux destinations : la morgue ou la taule. Avec un sens de la mise en scène assez ahurissant (fluidité de la caméra qui traque avec grâce les détails justes, montage à saute mouton qui fait étrangement résonner les séquences entre elles, utilisation idoine des tubes du moment - Del Shannon, Van Morrison…- qui passent à la radio ) Floyd Mutrux va suivre sans dramatisation, ni morale, leurs vies, en naviguant de l’un à l’autre (certains jacassent, d’autres pas), le temps d'un week end dans une ville qui n'a jamais été aussi belle et morbide (la photo, crépusculaire, est incroyable). On s’attache très vite ici à Pam et Larry, les plus fragiles, les plus précieux, ceux qui vont crever le plus vite. Dans une scène terrible, les deux teenagers végètent en autarcie sur leur lit (ils ne font pas grand-chose d’autre). Pam feuillette un comix, Larry le lui arrache des mains en lui disant à peu près ceci: « La vie ce n’est pas que se shooter de la dope… les gens font des choses… parle moi, dis moi quelque chose, n’importe quoi… » Pam lui rétorque « Qu’est ce que tu veux faire ? » en récupérant son Spiderman. Larry leur prépare un fixe. Ils ne sortiront pas d’ici vivant.

Thursday, 15 April 2010

Quote

"quand j'ai du tourner la séquence de l'enterrement du singe, le décorateur tout ébahi m'a demandé comment cela devait se passer. Je lui ai répondu: "cela doit être les funérailles, classiques, habituelles du singe moyen hollywoodien." On m'a demandé aussi s'il s'agissait bien de l'ancien amant de Norma Desmond dont William Holden vient de prendre la place. J'ai répondu oui, bien sûr, c'est exactement cela, mais voyez-vous, j'ai été très discret et j'ai montré un petit chimpanzé et non un énorme orang-outan" - Billy Wilder à propos de Sunset Boulevard

Michel Ciment - Passeport pour Hollywood, Ramsay 1987

Tuesday, 13 April 2010

Werner Schroeter, extinction


La mort, la nuit dernière, de Werner Schroeter me touche vraiment. Elle me touche comme son cinéma avait pu me foudroyer, un soir des années 90 où au Forum des images je pus enfin voir la Mort de Maria Malibran (1973), qui fut un espèce de choc tellurique, un idéal de défonce et d'isolement : un opéra tombé du silence, une scène peuplée de travestis et de fantômes. Il n’était pas camp ou queer, il était autre chose: peut-être une sorte d’orfèvre pré-punk, héritier total de Cocteau, de Genet, de Jack Smith et de Jean Lorrain. Dès fois, à trois ou quatre on rêvait... et si le cinéma moderne ça n’avait jamais été que ça : lui Werner, Garrel, un peu Warhol (celui d’Imitation of Christ ou de Chelsea girls), Eustache : la beauté du geste.
Puis j’ai pu en voir d’autres, à Vienne notamment, dans ce vieux cinéma avec un balcon et des loges, comme autrefois : Tous les marins du monde, avec Margareth Clementi et Maria Schneider dansant pour des matelots sur fonds de murs peints. Et surtout Willow Springs, un road movie dément de 1974, tourné depuis le bord de la route, dans un motel désert où viennent s’échouer trois femmes éprises de passion qui écoutent Puccini, Presley, Rita Lee, des Calypsos. Parmi elles, il y a Magdalena Montezuma, sa créature (une ancienne serveuse de bar androgune dont il a fait une héritière de Garbo) et aussi Christine Kaufmann, l’ex épouse de Tony Curtis. Qui s’était réfugiée dans ce film en plein drame avec Curtis qui ne voulait pas lui rendre ses enfants. Et derrière a caméra, Werner, son visage à la Dürer, ses longs cheveux blonds et son chapeau noir. Au milieu de tous ceux-la, le cinéma se faisait naturellement.

Sur une table de montage, il y a cinq ou six hivers de cela, j’ai aussi pu enfin voir le Règne de Naples, son grand film narratif de 1978 (histoire de Naples, de 1943 à 1972), film quasi perdu aujourd'hui, et je pense que les scènes ou Margareth Clémenti, en pute folle, fait des passes sous les rochers d’une crique, derrière un rideau pourpre et sale battu par le vent, éclairé par les oriflammes d’un brasero, font parti de ce que j’ai vu de plus beau de ma vie, question mouvement et désenchantement.
J’ai mangé une fois avec lui à Vienne, il n’avait plus de gorge -cancer - (lui qui n’a jamais filmé que l’opéra et son extinction) et moi non plus, aphone pour six mois. Ce fut un repas cocasse, et mutique. A Paris, la dernière fois, il y a plus d'un an, il allait mieux, il se battait contre le cancer, on marchait dans la rue et il me racontait comment il était devenu un cinéaste : «Je suis arrivé au cinéma presque par hasard. J’avais arrêté des études de psychologie après trois semaines et j’envisageais reprendre mes activités de putain. J’avais fait ça quelques mois, à Mannheim, et c’était très instructif, je crois ; j’avais une clientèle de père de famille, très dans le cliché d’époque : mon fils ne me comprend pas, ma femme ne me comprend pas… Bref, mes parents n’étaient pas enchantés à ce que je reprenne mes activités érotiques, aussi ils m’ont encouragé à m’inscrire dans une école de cinéma, tout à fait théorique. Moi qui suis tactile, j’ai tenu trois mois, avant d’aller au festival underground de Knokke-le-Zout. Là, dans une atmosphère de liberté incroyable, j’ai découvert les films de Gregory J. Markopoulos (qui ont influencé mes premiers films, je ne connaissais ni le cinéma de Warhol, ni Jack Smith) et je suis tombé amoureux d’un garçon de 25 ans, qui répondait du doux nom de Rosa Von Praunheim. Rosa ne supportait l’autre qui si l’autre était créatif, alors je me suis mis à faire des films avec la caméra 8 mm de mon enfance pour lui faire plaisir. Un an après, mes premiers films étaient montrés dans un cinéma d’art et essai à Munich.Puis j’ai acheté une Baulieu 16 mm et j’ai enchaîné les films avec mes amis travestis qui constituaient une sorte de famille pour moi. En 1969, j’ai tourné Eika Katapa, et, de fil en aiguille, la télévision allemande me passa commande de films, puis les gens du théâtre et de l’opéra sont venus à moi.»
Je n’ai pas trop la force de décrire son cinéma. Je n’ai pas envie ce soir de ressortir la vielle artillerie des adjectifs : baroque, opératique, enluminures opiumées, artifices, cérémonial, tout ça…
Juste vous renvoyer sur ce lien qui vous permettra de voir la Mort de Maria Malibran et sur cet autre lien qui vous donnera l’intégralité d’une conversation sublime entre lui et Michel Foucault, retranscrite en 1981 par Gérard Courant. Et terminer sur ces mots, sur lesquels nous nous sommes quittés, en décembre 2008, marchant de nuit vers son hôtel rue de l'Odéon : «Assassiner les autres, c’est espérer se trouver éternel. L’appropriation propre au capitalisme va dans le même sens. Celui ou celle qui refuse d’être quitté,l’appropriation dont ils font preuve, est, elle aussi, une forme d’assassinat. En 1968, la mère de mon fils était tombée amoureuse de mon amant, un jeune artiste peintre américain. Elle était enceinte de quatre mois, ils se sont mariés et ont eu mon fils. J’étais heureux, tu ne peux pas imaginer. J’avais libéré ces deux êtres. Il faut ouvrir les bras, laisser partir, c’est cela la vie. Tu veux un exemple de ce que c'est que la passion? En 1981, j’ai été chez Michel Foucault. Il y avait deux téléphones. Le second était pour la seule personne qui avait ce numéro, un jeune garçon dont il était amoureux et qui n’appelait jamais. Mais il était heureux en attendant ce coup de fil qui ne venait jamais… C’est cela, la liberté.»

Et merde.

Sunday, 4 April 2010

liste 1: si on avait le temps...



Sans rentrer dans le debat ordi/tele/salle obscure, illegal/legal, plaisir du rare/tout tout de suite etc, aujourd'hui, on veut voir un film, il est la. Bon, mon fetichisme de l'objet avait depuis
longtemps du plomb dans l'aile (contrairement aux livres), un DVD n'etant pas beaucoup plus desirable qu'un fichier avi, donc, cette disponibilite (avec ses reserves) nous convient plutot. Si ce n'est que les films deviennent comme les livres, ils s'entassent, apparaissent en un flash et disparaissent presque aussi vite dans notre pile pas si virtuelle.
Encore une fois,
time is the essence... Le temps et le talent rapide manquent. Donc une liste totalement inutile (brute) si ce n'est qu'elle provoquera peut-etre certains a ecrire, 10 films dont aimerait parler donc...

Hugo Santiago, Invasion, Arg., 1969.

Jon Jost, Last Chants for a Slow Dance, USA, 1977.

Robert Kramer, Ice, USA, 1972.

Robert Montgomery, Ride the Pink Horse, USA, 1977.

Michael Cain, TV Junkie, USA, 2006.

Coll, Deutschland Im Herbst, All., 1978.

Elio Petri,
Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto, Ital., 1970.

John Huston, The Kremlin Letter, USA, 1970.

Otto Preminger, The Cardinal, USA, 1963.

Benjamin Christensen, Haxan, Dan/Swe, 1922.


C'est pas si mal la liste sans commentaire ni theme. Pretentieux et Frime, Frime ? Peut-etre... Ou portrait en creux.

Les mentioner avant que d'autres ne prennent leur place, c'est deja quelque chose. On y reviendra peut-etre. Si vous avez envie d'en parler plus, tant mieux, dites le nous. A defaut, evidemment, regardez les, ils "meritent votre attention" comme on dit.

Ps: vous pouvez les trouver la. Sauf The Kremiln Letter, dispo sur dde ici meme.

Friday, 2 April 2010

Marjoe, de Sarah Kernochan et Howard Smith (1972)


L’examen des posts de DiD trahit chez la plupart d’entre nous une fascination évidente pour l’Amérique ; pour son cinéma, pour ses villes, pour ses icônes subculturelles, pour sa gun culture, pour ses exégètes méticuleux. Il est pourtant un grand angle mort dans cet amour transatlantique : la religion. Ou plus exactement, la religion de la majorité des Américains, le protestantisme « born again ». Je pense que, cinéma et littérature aidant, nous connaissons mieux l’univers des Juifs américains ou des catholiques névrosés de Little Italy que celui de ces dizaines de millions d’évangélistes qui font et défont les présidents et les majorités au Congrès depuis une trentaine d’années ; et le cinéma s’est beaucoup moins aventuré sur ces terres que, mettons, dans les garages des gangs de motards ou dans les tours de verre des grands métropoles américaines.

Il y aurait là peut-être une idée de liste impossible : le cinéma évangéliste américain. Chacun se souvient du mysticisme insensé de la mère de Carrie, mais on ne peut pas dire que beaucoup de titres sautent à l’esprit au-delà de ce jalon névrotique (la plupart des films sur la subculture chrétienne en Amérique semblant sortir de l’imaginaire de chair et de sang du catholicisme, du Martin de Romero au Bad Lieutnant de Ferrara, en passant, bien sûr, par les évangiles de Mel Gibson et Martin Scorcese).

Ce qui nous amène à Marjoe. Oscar du meilleur documentaire en 1972, ce film est à l’évangélisme ce que la supercherie de Leo Taxil fut à l’anti-maçonnisme à la fin du XIXème siècle (Leo Taxil était un anticlérical facétieux qui, pendant une dizaine d’années, joua au repenti pour les catholiques ultras, inventant des conspirations satano-maçonnique qui excitèrent jusqu’au pape Léon XIII, avant de ridiculiser ses dupes en dévoilant la supercherie dans une conférence à scandale en 1897).

Marjoe (= Mary + Joseph) Gortner était le fils d’une longue lignée de prêcheurs itinérants, ces stars de la religion qui promènent leur chapiteau de ville en ville. Il embrassa la carrière à l’âge de QUATRE ans, et le film montre des images hallucinantes de ce bambin rose et frisé en train de prêcher la Bonne Nouvelle, et même de célébrer un mariage. Il devint aussitôt une vedette du circuit évangéliste des années 1940/1950, avant de renier son apostolat à l’adolescence, pour traîner un temps dans la scène hippie californienne. Le film le retrouve à 27 ans, alors qu’il faisait son grand retour sous les tentes pentecôtistes.

Mais, en acceptant d’être le sujet du film de Sarah Kernochan et Howard Smith, le but de Marjoe Gortner n’était pas de célébrer son retour à la religion. Mais de signer sa rupture avec le monde qui avait dévoré son enfance. Car ce que montrent ces images, c’est un manipulateur au visage d’ange, une sorte de Mick Jagger de Dieu qui met littéralement en transe son public familial en célébrant le Seigneur (loué soit son nom !), en attendant de pouvoir brasser avec jubilation les billets de 20 dollars fruits de la collecte du jour, quelques minutes plus tard. Et qui révèle ensuite aux réalisateurs, avec une franchise stupéfiante, ses trucs de performer et son manque total de foi. « J’espère devenir une rock star ou un acteur », dit-il à un moment avec candeur (finalement, il transportera son charisme dans Starcrash, un grotesque remake italianisant de Star Wars).

Le film en lui-même n’est pas très bien foutu, accordant trop de place aux performances de Marjoe et pas assez à son passé, à ses confessions ou à ces moments privés où se dévoile l’hypocrisie de ses confrères. Et Marjoe lui-même a ce côté antipathique du traître arriviste qui fait que, finalement, on ne le plaint pas. Mais, dans l’ensemble, ce petit film oublié est une plongée saisissante dans cette subculture faite de mysticisme et d’avidité ; un voyage dans un monde peuplé de personnages tout droit sortis d’un livre de Harry Crews.

Monday, 29 March 2010

armurerie

Je ne me suis jamais vraiment vante de ma fascination pour les armes a feu. La, on se sent vite seul. A part Manchette (le seul qui me vient a l'esprit comme ca), ce truc n'est partage que par des infrequentables. Donc, l'exhaustivite de l'Internet Movie Firearms Data Base (imfdb, sic) devrait vous, gens de bonne compagnie liberale (au sens anglo-saxon du terme), vous laisser de marbre.
Quant a moi, je suis comble de savoir que Jane Greer utilise un Colt Detective Special (photo ci-dessus) dans Out of the Past. Et je suis tres content de pouvoir me constituer un arsenal precis (pour notre grand jour, ou la resistance au leur) sans devoir arreter de regarder la tele.

Wednesday, 24 March 2010

Salle 2

Nouvelle petite rubrique : "Salle 2", consacree aujourd'hui a Alice in Wonderland.

Vous etes saoule par un battage mediatique, vous ne voulez pas faire la queue pour voir le "film du moment", vous voulez avoir a votre disposition une ou deux references "frime" pour votre diner en ville, vous voulez aller un peu plus loin ou etre slightly different ? A votre service, D in D vous propose une alternative au film dont tout le monde parle. Mieux, Pire, perversion, copie, parodie, reference etc...
Ps: Jettez un coup d'oeil aux comments, le post ne fera que lancer la discussion...

Today, vous ne voulez pas aller voir le
Alice in Wonderland de Tim Burton (qui a l'air, on ne l'a pas vu, assez moche), on peut vous conseiller :

Dreamchild, petit bijou perdu (depuis 1985) de Gavin Millar mais surtout ecrit par Dennis Potter, que l'on considere ici comme un des heros de la culture britannique. Fiction autour d'Alice Lidell (la Alice qui inspira Carroll), et comme toujours avec Potter, un peu comme un reve eveille (ou le film d'un...). Indescriptible et tres tres chic (au sens d'eccentrique sans esbrouffe, le contraire de...).

ou le Alice gothique de Jan Svankmajer (1988), peut-etre le plus fidele a Carroll. Pareil, magique et sans trucages. et, accessoirement, la vignette qui alphabetiquement suit celle de Alias Nick Beal (post d'il y a deux jours) dans le Time Out Film Guide cite hier... spooooooooky...

et, grace a l'excellent site Bright Lights, ne manquez pas W.C. Fields en Humpty Dumpty dans la version de 1933 de
William Cameron Menzies. Petit extrait ?

On attend vos autres suggestions...

Tuesday, 23 March 2010

quote

" In short, I love the film, but I am daunted by my feelings."

David Thompson, monstre de la critique anglaise, sur Le Samourai de Melville. Mais surtout David Thompson mettant le doigt sur le coeur du "probleme" (donc de la joie). A graver dans le marbre.

In Have You seen, Allen Lane, 2008, page 749.

podium

Qui n'aime pas les listes thematiques de films? Nous, quand elles proposent les eternels meme pseudo-classiques. Nous, quand on y decouvre nada. Mais on a plutot bien aime la liste des "50 greatest sport movies" de Time Out. Alors on avouera une petite faiblesse pour le theme lui meme, ses bons sentiments (souvent) ou sa noire corruption (parfois), faiblesse, peut-etre, du celui qui fut nul en gym. Mais cette faiblesse est legitimee par les choix de la redaction : vrais classiques (Night And the City), perles oubliees (Heart Like a Wheel), inconnus au bataillon (North Dallas Forty, Any Given Sunday), bonne guimauve (Tin Cup, Hoosiers), docus remarquables (Gaea Girls, Hoop Dreams), et un numero un, Downhill Racer de Michael Ritchie, qui montre la vraie independance d'esprit du magazine (puisqu'on aurait aussi pu choisir celui la -ah ah).
On va s'y mettre aussi (aux listes). Une "viet vet" est en preparation, mais si vous avez des idees de theme, on se fera une joie de vous proposer quelques titres que d'autres auraient peut-etre neglige ou oublie.

Yellow Sky, William A. Wellman, USA, 1948

Les films rêvés surgissent au moment où on ne les attend pas. A 20h40 sur une chaîne câblée? Pourquoi pas. Longtemps, enfant on a pas trop aimé les westerns, parce que l'on était sans doute déjà trop snob, et que ces films là c'était pour les brutes des préaux. Et puis on s'est fait prendre aux pièges des totems: s'endormir au coin du feu, siffler du whisky en compagnie d'un vieux qui taquine son harmonica, manger des beans avec des cuillères en bois, marquer des vaches au fer rouge, descendre un new comer en duel au comptoir du saloon, tomber amoureux d'une pute, buter des indiens, rafler la mise au poker, faire du cheval au crépuscule, débarquer dans une ville inconnue, mourir en plein soleil...
Il y a un peu de tout ça dans
Yellow Sky, mais il y a surtout beaucoup moins. Less is more comme disait l'autre et Wellman va procéder par soustraction pour ce western qui tient surtout du huit clos claustrophobe on the edge, c'est à dire à la frontière, du film noir, du film fantastique. Un décors, quelques personnages, le noir et blanc plutôt que la couleur, un soleil aussi menaçant que les ténèbres: il n'en faut pas plus à William A. Wellman (qui signe ici sans doute son meilleur film avec A Star is Born) pour nous raconter une histoire primaire et légendaire: une bande de pillards (dirigeé par Gregory Peck et son acolyte le malveillant Richard Widmark) prend la fuite après s'être fait une banque. Ils doivent traverser un désert: la chaleur et la soif les consument à petit feu, et alors qu'ils allaient mordre la poussière complètement desséchés, une ville surgit à l'horizon tel un mirage, un oasis: Yellow Sky, ghost town dévastée. On ne quittera plus ce cimetière à ciel ouvert dans lequel errent une fille en jean avec un fusil (Anne Baxter) et son grand père. Que font-ils là? Les pillards le découvriront vite et vont s'entre-tuer pour séduire la fille et leur ravir leur secret. On peut évidemment décider qu'ils sont tous mort et que Yellow Sky est leur purgatoire. Dieu n'a pas encore statué sur leur sort et les met une dernière fois à l'épreuve: que faire d'une femme? La violer ou l'épouser? que faire d'une mine d'or? la voler ou la partager ? Faire le bien ou faire le mal? A l'issue de ce western chrétien qui navigue quelque part entre le Trésor de la Sierra Madre et Raining in the Mountain, Dieu (le viel homme donc) et son bras droit la justice (sa petite fille armée) enverront comme il se doit les bons au paradis et les méchants en enfer. L'amour triomphe et La ville abandonnée (titre français) peut désormais se transformer en jardin d'Eden. Hallelujah!

Monday, 22 March 2010

Alias Nick Beal, John Farrow, USA, 1949.



On parlait ici il n'y a pas si longtemps de la difficulte d'etre surpris, du plaisir trop rare de ce film venu de nulle part, ou, si ce n'est de nulle part, d'ou on ne l'attendait pas. Prenons Alias Nick Beal (aka The Contract Man) par exemple... Tout d'abord, je suis tombe dessus en feuilletant le Time Out Cinema Guide et ses 17500 vignettes, en cherchant autre chose surement: inconnu au bataillon mais un " undeservedly neglected film noir" ne se rate pas. Bon, meme si on a vu pas mal de ces films noirs, on en a toujours rate quelques uns, ca ne manque pas ces films de genre, plaisir du format, confortablemement sans surprise.
Mais le cas present est un petit peu autre. Serie B noire certes mais "a cote",
on the edge comme en en croise finalement rarement. Films qui, pour les meilleurs, constituent un pantheon alternatif a celui des classiques legitimes du genre : on pensera bien sur a Force of Evil et Detour, a l'incroyable Nightmare Alley, ces grands "petits" films qui tordent un peu les regles et repoussent les limites. Bon, Alias Nick Beal n'est peut-etre pas a mettre au meme rang , il n'a pas la feroce originalite cinematographique des films sus-cites. Mais quand meme, suffisament branque tout en restant elegamment efficace, il merite vraiment l' attention qu'il n'a pas eue. On ne s'en cache pas, la decouverte de l' underdog rajoute au plaisir de la vision.

Alors, quel est son twist to the rules a celui la ? et bien il sort le film noir de sa boite pour lui faire faire un petit tour du cote du fantastique. Chose commune aujourd'hui (le De Niro de Angel Heart aurait bien fait de voir le film) mais a l'epoque ? On n'en devoilera pas plus mais John Farrow met la mecanique bien huilee (le scenario est quand meme de John Latimer) du political thriller dans lequel on croit mettre les pieds, au service d'une eccentricite tres chic et surtout bien trop rare dans le genre.
Ray Milland en fait beaucoup et tant mieux (belle idee de mise en scene que de ne jamais le montrer entrer dans une piece: il est la mais, comme cette perle, il sort de nulle part), on adore toujours Thomas Mitchell, Audrey Totter fait une belle petite pute a la Gloria Grahame et on reconnait la cicatrice de Georges Mc Cready meme sous son deguisement de reverend. Le film reste un peu bien pensant (politique a la Capra et final cul beni) mais avec son oubli injuste, a parfaitement sa place ici.

Friday, 26 February 2010

Redbelt, David Mamet, 2007, USA.

A cote du trop rare plaisir de la salle obscure discute dans les comments du post sur Brotherhood of Satan, ou de celui, pre-pervers, de la serie B/C nocturne, existe aussi celui du pur film a la tele. Pas exactement celui de regarder un film mais celui de tomber dessus, la forme la plus pur en etant de le prendre en cours, de se laisser prendre sans chercher a en connaitre le titre. Le film flottera comme un reve a moitie oublie, fragmente. Orgasme garanti en le revoyant, generique inclus, titre (donc connaissance) comme une claque dans la gueule, des annees plus tard. Je me suis ainsi coltine le canyon et l'overdose de Who'll stop the Rain pendant plusieurs annees suite a une demi-vision, un apres-midi glauque dans un hotel glauque.
Donc hier, Redbelt, pris dix minutes dedans.
C'est vrai, j'ai toujours eu un petit faible pour Mamet, ses machos et son formalisme appuye, ses dialogues commes ses histoires trop ecrits, son refus, enfin c'est comme ca que je le ressens, du realisme et du second degre. Effectivement, Il faut peut-etre une predisposition pour avaler cette histoire totalement unbelievable (tant dans le backdrop general bresilo-oriental que dans ses retournements) sur fond de Jiu-Jitsu. Certains y verront un melo plein de cliche, volontiers naif et moralisateur. D'autres y verront
un melo plein de cliche, volontiers naif et moralisateur. Mais se diront qu'aujourd'hui, justement, ca fait plutot du bien. Pourquoi laisser le terrain de la discipline, des valeurs morales, de la droiture et des films d'arts martiaux a la reaction? Je vous le demande...
Et puis voila, on est assez seduit par Mike Terry (Chiwetel Ejiofor, pas mal), figure quasi Badiou-esque tant il souffre/sacrifie pour sa verite (question : doit on considerer le tournoi final comme un evenement?)
.
Pas de clin d'oeil, pas de twist, pas de jeu sur le genre, non. Un film qui ne surprend pas (jusqu'a un final tellement attendu), donc surprend. Un truc comme ca, a rebours, mais qui me touche, comme put le faire Fureur de Karim Dridi, autre melo/arts martiaux.
Ceci dit, je comprendrais tout a fait qu'on rejette le truc en bloc, mais au moins pour de bonnes raisons, pas celles de l'invraisemblance et/ou des grosses ficelles.

Wednesday, 24 February 2010

God Told me to, Larry Cohen, 1976, USA.


On l
e sait d'avance, ils vont etre nombreux sur ce blog mais ne cherchons pas plus loin de loser magnifique a defendre. Ceci dit, je ne suis pas sur que Larry Cohen fut de ceux qui se considerent comme tel, cachant derriere leur position d'artiste maudit guere plus qu'une emmerdante self-indulgence (parenthese : je cherchais l'autre jour une bonne traduction pour cette expression parfaite, self-indulgence. Niet. Au mieux, le defaut de se limiter a la facilite, l'absence de distance critique vis a vis de soi meme). Je me l'imagine plutot comme un malin faiseur, cousin de ses enemis de l'interieur, ces grand roublards du systeme hollywoodien, detournant comme ils le pouvaient les regles de la serie B pour la faire tendre vers la subversion (longue genealogie de Fuller a Corman, de Goulding a Ritchie etc...). On regrette cette epoque peut-etre, pleurant aujourd'hui que la subversion soit integree dans le systeme (souvent sous couvert de cinema independant). Decidemment, on n'en sort pas...
Je vais bien me garder de la verifier, cette image de Cohen me convient. Pour moi, Larry Cohen restera aussi le king du monstre en carton (quqnd on le voit), sans la gloire retro d'un Harryhausen et sans la facilite des CGI, encore inexistants. Faire le plus avec le moins, que ce soit pour un bebe mutant sanguinaire (It's Alive), un serpent volant/divinite azteque (Q the winged Serpent), un blob early 80's (The Stuff) ou, cela va de soi, Jesus (Alien ? Psychopathe ?).
Parce que voila, si Larry Cohen se detache d'autres bricoleurs, c'est surement avec cet incroyable God told me to, le film ou sa claire maitrise des idees et du rythme (ses films sont bien moins cons et bien mieux foutus qu'ils ne paraissent) passe la demultipliee. On ne peut pas trop devoiler le scenario et les retournements de God Told me to, ce serait en diminuer l'impact quasi-hallucinatoire (j'ai rarement passe autant de temps devant un film a me demander ce qui avait pu passer par la tete de ses createurs). En tout cas, ce portrait d'un disgruntled son of God par un juif new yorkais vous fait apprecier la possible liberte d'un cinema pourtant considere comme d'exploitation.Et alors rever d'une projection privee en compagnie de Mel Gisbson. Un Brulot bordelique et impayable, trouvable ici.


Un grand merci a Nathan Gregory Wilkins pour me l'avoir recommande, je ne desespere pas de le faire ecrire ici ou ailleurs celui-la...

The Brotherhood of Satan, Bernard McEveety,1971, USA.

Il en va des films rêvés comme des livres ou des disques rêvés: Ils existent si l'on croit en eux, si l'on croit un peu en Dieu. Ils apparaissent souvent la nuit, dans ces moments de veille où l'on règle ses comptes, où l'on se fatigue à énumérer la liste des suspects. Personne ne sortira d'ici vivant. Pour arrêter l'hécatombe, appuyer sur play.
Longtemps la nuit, j'ai regardé des série B, principalement italiennes (giallo & co), parfois anglaises (la Hammer), parce qu'elle racontent toujours la même histoire: une fille, un couteau et la nuit. Pas la peine de trancher, il suffit de suivre les pointillés. La couture n'est pas toujours impeccable et il manque parfois une jambe au pantalon mais c'est une manière comme une autre d'habiller l'insomnie. En somnambule.
Cette nuit, le diable a surgit de sa boite: The Brotherhood of Satan, réalisé par Bernard McEveety, (inconnu au bataillon, a travaillé principalement pour la télévision), produit et écrit par L.Q. Jones, un des comédiens fétiches de Sam Peckinpah, qui réalisera par la suite un affreux film post apocalyptique (avec un tout jeune Don Johnson), A Boy and His Dog. Il incarne ici un Sheriff un peu nerveux.
Mélange réussi de 2000 maniacs et de Rosemary's baby, The Brotherhood of Satan vaut surtout pour son ouverture, vingt minutes stupéfiantes où le réalisateur installe un climat perturbant par une succession de séquences muettes:
Au bord d'une rivière, un couple s'apprête à faire l'amour. Deux gouttes de sang tombent sur la joue de la femme, travelling arrière: une petite fille tient une glace à la cerise au dessus d'eux. La famille reprend la route pour rendre visite à un grand parent dans le sud de la Californie. En chemin, un accident étrange: une voiture et ses occupants écrasés comme des crêpes dans un fossé. La famille gagne la ville la plus proche pour signaler l'incident; les habitants, hystériques, les accueillent à coup de hache et de batte. Ils fuient. Soudain au milieu de la route, une enfant statique, la voiture évite le mirage de justesse en fonçant dans un pylône. La nuit tombe, ils doivent regagner la ville.
On ne racontera pas la suite, mais sachez seulement que l'on échappe pas à cette Ghost Town où l'on assassine les parents pour attirer leurs enfants dans les ténèbres et où les seniors espèrent rajeunir en vendant leur âme à Satan.
En 1971, le cinéma croit encore au Diable, à l'ombre, à la lumière, au pouvoir de faire peur. Cette énergie vitale parcourt ce film oublié à la manière de décharges électriques: montage épileptique, violence aveugle, flash oniriques. Alice au pays des rednecks a disparu au bord de la highway. Il n'y a pas eu d'avis de recherche.

Tuesday, 23 February 2010

Alors pourquoi ?

Et bien surement parce que cela a fini par s'imposer... Il fallait s'y attendre remarquez. Nous voulions (et voulons toujours) parler de livres, mais on regarde tellement de films. L'opposition entre livres et films, lire et regarder, bof, elle ne compte pas beaucoup pour nous et les principes installes pour Discipline in Disorder sont ici encore valables. On parlera de films sans les limites que le critique parfois s'impose, nombreuses souvent, actualite et legitimite principalement. Commenter, certes, mais passer surtout, avec peut-etre un petit cote pratique ("Cherie, mon dieu, que regardez ce soir?").On devrait arriver assez facilement a balayer large, avec une predilection pour ce que l'on espere que l'autre n'a pas vu (notre seul reel snobisme fondamentalement): classiques oublies, etrangetes, films interdits, series de A a Z avec l'ouverture que l'on veut necessaire pour echapper au site nerd/geek (voeu pieu). Pour le reste, on verra avec le temps.
Un petit mot sur la disponibilite des films dont on parlera: Aujourd'hui, presque tout est disponible sur la toile justement. Nous n'inclurons pas les liens de download directement dans notre discours mais on vous indiquera surement ou chercher. Il est desormais presque facile de downloader
en quelques minutes un film auparavant totalement indisponible (detail technique : un compte Rapidshare deviendra vite indispensable). On ne s'occupera pas ici du debat "sabotage de l'industrie cinematographique" vs "sauvetage culturel". Pas le temps, trop de films a regarder...